- La loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 (LFSS 2026) suspend la réforme des retraites de 2023 du 1er septembre 2026 au 1er janvier 2028.
- Les nouvelles règles s'appliquent aux pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2026 (circulaire Cnav du 5 mars 2026).
- Pour la génération 1964, l'âge légal repasse de 63 ans à 62 ans et 9 mois et la durée d'assurance de 171 à 170 trimestres.
- Le PER étant déblocable à l'âge légal ou à la liquidation (article L. 224-1 du code monétaire et financier), sa date de disponibilité avance de 3 mois — automatiquement, sans démarche.
- Le gain est un gain de liberté, pas un gain fiscal : sortir plus tôt peut vous faire sortir une année où vous êtes encore en activité, donc à une tranche marginale d'imposition plus élevée.
Ce que la suspension change concrètement au 1er septembre 2026
La loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 de financement de la sécurité sociale pour 2026 gèle le calendrier de la réforme de 2023 pendant seize mois : du 1er septembre 2026 au 1er janvier 2028.
Deux paramètres sont figés pendant cette période :
- la montée en charge de l'âge légal, qui devait progresser d'un trimestre par génération jusqu'à 64 ans ;
- l'augmentation de la durée d'assurance requise pour le taux plein, qui devait atteindre 172 trimestres.
La circulaire de la Cnav du 5 mars 2026 précise le point de bascule : les nouvelles modalités s'appliquent aux assurés dont la pension prend effet à compter du 1er septembre 2026. Ce n'est donc pas une date de naissance qui déclenche le nouveau régime, mais la date d'effet de la pension.
Pourquoi la date de disponibilité de votre PER avance automatiquement
C'est le point que la couverture médiatique de la suspension laisse systématiquement de côté, alors qu'il concerne des millions d'épargnants.
L'article L. 224-1 du code monétaire et financier définit l'objet du plan d'épargne retraite : permettre le versement d'une rente ou d'un capital « à compter, au plus tôt, de la date de liquidation de la pension dans un régime obligatoire d'assurance vieillesse ou de l'âge mentionné à l'article L. 161-17-2 du code de la sécurité sociale ».
Le « ou » est décisif : le PER ne dépend pas de votre départ effectif à la retraite. Il se débloque aussi à l'âge légal, même si vous continuez à travailler et que vous n'avez liquidé aucune pension.
Or l'article L. 161-17-2 du code de la sécurité sociale est précisément celui dont la suspension gèle la montée en charge. Le raisonnement est donc mécanique :
- La LFSS 2026 abaisse l'âge de l'article L. 161-17-2 pour les générations 1964 à 1968.
- L'article L. 224-1 du CMF renvoie à cet article pour définir la date de disponibilité du PER.
- Donc la date à laquelle votre PER devient déblocable avance d'autant.
Aucune démarche n'est nécessaire : ce n'est pas une option, c'est une conséquence du renvoi entre les deux textes. Votre contrat n'a pas besoin d'être modifié.
Le nouveau calendrier génération par génération
Le tableau ci-dessous compare le calendrier issu de la réforme de 2023 et celui applicable pendant la suspension. La dernière colonne est celle qui vous intéresse : c'est de ce nombre de mois qu'avance la disponibilité de votre PER.
| Année de naissance | Âge légal — réforme 2023 | Âge légal — pendant la suspension | Trimestres requis | PER disponible plus tôt de |
|---|---|---|---|---|
| 1963 | 62 ans 9 mois | 62 ans 9 mois | 170 | — |
| 1964 | 63 ans | 62 ans 9 mois | 170 (au lieu de 171) | 3 mois |
| 1965 (janv. à mars) | 63 ans 3 mois | 62 ans 9 mois | 170 | 6 mois |
| 1965 (avril à déc.) | 63 ans 3 mois | 63 ans | 171 | 3 mois |
| 1966 | 63 ans 6 mois | 63 ans 3 mois | 172 | 3 mois |
| 1967 | 63 ans 9 mois | 63 ans 6 mois | 172 | 3 mois |
| 1968 | 64 ans | 63 ans 9 mois | 172 | 3 mois |
| 1969 et après | 64 ans | 64 ans | 172 | — |
Recalculez votre horizon PER
Trois mois de moins, ce n'est pas neutre sur une grille de gestion pilotée ni sur votre plan de sortie.
Simuler mon PERCombien de temps gagnez-vous vraiment ?
Prenons un cas concret. Marc est né en février 1964. Sous la réforme de 2023, son âge légal était fixé à 63 ans : son PER devenait déblocable en février 2027. Avec la suspension, son âge légal passe à 62 ans et 9 mois : son PER est déblocable dès novembre 2026.
Sylvie, née en février 1965, gagne davantage. Son âge légal passe de 63 ans et 3 mois à 62 ans et 9 mois : la disponibilité de son PER avance de six mois, de mai 2028 à novembre 2027.
| Profil | PER disponible — règles 2023 | PER disponible — pendant la suspension | Gain |
|---|---|---|---|
| Né en février 1964 | Février 2027 | Novembre 2026 | 3 mois |
| Né en février 1965 | Mai 2028 | Novembre 2027 | 6 mois |
| Né en juin 1965 | Septembre 2028 | Juin 2028 | 3 mois |
| Né en mars 1968 | Mars 2032 | Décembre 2031 | 3 mois |
Sur un PER de 80 000 €, trois mois de disponibilité anticipée ne changent pas la valeur du contrat. Ce qu'ils changent, c'est votre marge de manœuvre : la possibilité de faire coïncider la sortie avec une année fiscale choisie plutôt que subie.
Le piège fiscal d'une sortie avancée de 3 mois
C'est ici que le gain peut se retourner. La sortie en capital d'un PER alimenté par des versements déduits est imposée en deux blocs : le capital correspondant aux versements est ajouté au revenu imposable et soumis au barème progressif ; les gains supportent le prélèvement forfaitaire unique.
Depuis 2026, la hausse de la CSG sur les revenus du capital porte les prélèvements sociaux à 18,6 %, soit un PFU global de 31,4 % sur la part de gains.
Le calcul qui change la décision
Supposons un capital de 60 000 € de versements déduits, sorti en une fois.
| Année de sortie | Situation | TMI applicable | Impôt sur la part « versements » |
|---|---|---|---|
| Novembre 2026 (à l'âge légal, encore en activité) | Salaire complet sur l'année | 30 % | 18 000 € |
| Mars 2027 (après une année pleine de retraite) | Pension seule | 11 % | 6 600 € |
Écart : 11 400 € sur la même somme, pour quelques mois de décalage. La leçon n'est pas « sortez le plus tard possible », mais : la date de disponibilité et la date optimale de sortie sont deux choses différentes. La suspension vous donne trois mois de liberté supplémentaire — elle ne vous dit pas de les utiliser.
Ce que cela change pour la gestion pilotée à horizon
Point technique souvent négligé : en gestion pilotée par défaut, la désensibilisation progressive du portefeuille se cale sur l'horizon de liquidation renseigné dans votre contrat, généralement dérivé de votre âge légal théorique.
Si cet âge légal a bougé de trois mois, deux situations sont possibles :
- votre gestionnaire a mis à jour l'horizon — la grille de désensibilisation est bien alignée ;
- l'horizon est resté figé sur l'ancien calendrier — votre allocation sera légèrement plus risquée que prévu au moment où vous pourrez sortir.
L'écart reste modeste sur trois mois, mais il mérite une vérification : connectez-vous à votre espace client et contrôlez la date d'échéance ou l'âge de départ prévu renseigné au contrat. C'est un champ modifiable, et le corriger ne coûte rien.
Ce que la suspension ne change PAS
Quatre points restent identiques, et il est utile de les poser pour éviter les mauvaises interprétations.
- L'âge du taux plein automatique reste 67 ans. La suspension porte sur l'âge légal et la durée d'assurance, pas sur l'âge d'annulation de la décote.
- La fiscalité du PER n'est pas modifiée par ce texte. Les règles issues de la loi de finances pour 2026 restent en place : fin de la déductibilité des versements après 70 ans, report des plafonds non utilisés porté de 3 à 5 ans, prélèvements sociaux à 18,6 %.
- Les cas de déblocage anticipé ne bougent pas (article L. 224-4 du code monétaire et financier) : invalidité, décès du conjoint, expiration des droits au chômage, surendettement, cessation d'activité non salariée après liquidation judiciaire, acquisition de la résidence principale.
- La suspension est temporaire. Elle prend fin le 1er janvier 2028. En l'état du droit, le calendrier de 2023 reprend à cette date : une nouvelle loi serait nécessaire pour prolonger le gel. C'est une fenêtre, pas un nouvel équilibre.
Autrement dit, si vous êtes né entre 1964 et 1968, vous bénéficiez d'un décalage favorable qui pourrait ne pas survivre à l'échéance de 2028 pour les générations suivantes. Ce n'est pas une raison de précipiter une sortie de PER — c'est une raison de recalculer votre plan.