C'est le conseil que l'on retrouve dans presque tous les guides sur la sortie du PER, y compris sur ce site : « fractionnez vos retraits sur plusieurs années pour lisser l'impôt ». L'idée est juste sur le principe — ne pas empiler tout le capital sur une seule année de revenus. Mais elle oublie un mécanisme que le fisc accorde d'office au capital du PER : le système du quotient, qui réalise déjà ce lissage sur quatre ans, en une seule déclaration. Et elle ignore une règle de la doctrine administrative, mise à jour le 10 août 2026 : fractionner d'une année sur l'autre fait perdre ce quotient. Nous avons refait les calculs sur le barème 2026.
Comment est imposé le capital d'un PER à la sortie ?
Au moment de la liquidation (ou d'un déblocage pour l'achat de la résidence principale), le capital d'un PER individuel se découpe en trois morceaux, qui n'ont pas du tout la même fiscalité. Le BOFiP les distingue selon l'origine des sommes :
| Part du capital | Impôt sur le revenu | Quotient possible ? |
|---|---|---|
| Versements volontaires déduits à l'entrée | Barème progressif, comme une pension, mais sans l'abattement de 10 % (§ 90) | Oui, quel que soit le montant (§ 100) |
| Versements volontaires non déduits (option à l'entrée), ou effectués à partir du 1er janvier 2026 à 70 ans ou plus | Exonérée (§ 120, art. 81, 4° bis-c du CGI) | Sans objet |
| Gains (produits) de ces versements | Prélèvement forfaitaire unique de 12,8 %, ou barème sur option globale (§ 130), plus prélèvements sociaux | Seulement en cas d'option pour le barème (§ 130, remarque 3) |
C'est la première ligne qui pèse lourd. Des versements déduits pendant quinze ou vingt ans reviennent d'un bloc dans le revenu imposable de l'année de sortie : c'est la contrepartie de l'économie d'impôt obtenue à l'entrée. Si vous hésitez encore sur le choix entre capital et rente, notre guide sortie en capital ou en rente pose les bases ; le panorama complet des règles est aussi détaillé dans l'article de MeilleurPER sur la fiscalité de la sortie en capital. Ici, nous nous concentrons sur la façon de payer cet impôt.
Qu'est-ce que le système du quotient et pourquoi le PER y a-t-il droit d'office ?
Le système du quotient, prévu à l'article 163-0 A du code général des impôts, sert à neutraliser la progressivité du barème quand un revenu ponctuel arrive d'un coup. Service-Public le résume en deux étapes : on ajoute le quart du revenu exceptionnel au revenu ordinaire, puis on multiplie par quatre le supplément d'impôt ainsi calculé. Le diviseur est toujours de quatre pour les revenus exceptionnels (BOI-IR-LIQ-20-30-20, § 180).
En temps normal, un revenu n'est « exceptionnel » que s'il dépasse la moyenne des revenus nets imposés au titre des trois années précédentes (§ 140 du même BOFiP). Pour le PER, l'administration lève cette condition :
« Cette part du capital constitue un revenu exceptionnel éligible au mécanisme de quotient […] et ce, par exception, quel que soit leur montant. » — BOI-RSA-PENS-30-10-20, § 100
Le calcul pas à pas
Prenons un retraité célibataire (1 part), avec 32 000 € de pensions nettes imposables, qui récupère 60 000 € de versements déduits. Barème applicable aux revenus 2025 (loi de finances pour 2026) : 0 % jusqu'à 11 600 €, 11 % jusqu'à 29 579 €, 30 % jusqu'à 84 577 €, 41 % jusqu'à 181 917 €, 45 % au-delà.
- Impôt sur la seule pension (32 000 €) : 2 703,99 €.
- Impôt sur la pension + un quart du capital (32 000 + 15 000 = 47 000 €) : 7 203,99 €.
- Supplément : 7 203,99 − 2 703,99 = 4 500 €, multiplié par 4 = 18 000 €.
Sans quotient, l'impôt sur 92 000 € serait de 21 520,52 €, soit 18 816,53 € imputables au capital : le dernier morceau (au-delà de 84 577 €) tombe dans la tranche à 41 %. Le quotient économise donc ici 816,53 €. C'est modeste, mais ce n'est qu'un début : l'écart grossit vite avec le montant.
Quelle tranche paierez-vous à la sortie ?
Estimez l'économie d'impôt de vos versements aujourd'hui et la tranche qui s'appliquera à votre capital demain.
Simuler mon PER →Une fois ou en quatre ans : que disent les chiffres ?
Nous avons comparé quatre façons de sortir la même somme, pour six profils de retraités célibataires. Montants d'impôt sur le revenu dus au titre du seul capital (part déduite), cumulés sur toutes les années de retrait.
| Pension imposable / capital déduit | Une fois, sans quotient | Une fois, avec quotient | 4 retraits annuels | 2 retraits espacés de 4 ans |
|---|---|---|---|---|
| 30 000 € / 60 000 € | 18 597 € | 18 000 € | 18 000 € | 18 000 € |
| 32 000 € / 60 000 € | 18 817 € | 18 000 € | 18 000 € | 18 000 € |
| 45 000 € / 60 000 € | 20 247 € | 18 000 € | 18 000 € | 18 000 € |
| 60 000 € / 60 000 € | 21 897 € | 18 000 € | 18 000 € | 18 000 € |
| 32 000 € / 120 000 € | 43 417 € | 36 000 € | 36 000 € | 36 000 € |
| 60 000 € / 120 000 € | 46 497 € | 38 386 € | 37 790 € | 36 000 € |
Hypothèses : barème des revenus 2025 appliqué à toutes les années, pension constante, 1 part, profils au-dessus du seuil de la décote, hors gains et hors prélèvements sociaux. Dans la colonne « 4 retraits annuels », le premier retrait bénéficie du quotient, les trois suivants non (règle des trois ans). Calculs InfoPER.
Trois enseignements :
- Tant que le capital ne vous fait pas sortir de la tranche à 30 %, la sortie en une fois avec quotient et le fractionnement sur quatre ans aboutissent exactement au même impôt : tout est taxé à 30 %. Le quotient réalise le lissage sans attendre, et l'argent est disponible tout de suite.
- Le vrai perdant est la sortie en une fois sans quotient — c'est-à-dire le cas où l'on oublie de le demander. Jusqu'à 7 417 € de trop dans le tableau.
- Pour un gros capital et une pension élevée (dernière ligne), le quart du capital suffit à franchir la tranche à 41 %. Là, étaler davantage redevient utile — à condition d'espacer les retraits, comme on le voit plus bas.
Pourquoi fractionner d'une année sur l'autre fait-il perdre le quotient ?
C'est le point que les guides de sortie n'abordent jamais. Le BOFiP consacre un paragraphe au versement fractionné à l'échéance :
« Le versement en capital fractionné perçu au cours d'une année ne peut être regardé comme un revenu exceptionnel si le contribuable a perçu au moins une fois au cours des trois années antérieures des versements de même nature […]. » — BOI-RSA-PENS-30-10-20, § 160
Autrement dit, un retrait qui revient chaque année n'a plus rien d'exceptionnel aux yeux du fisc. Dans une série de retraits annuels, seul le premier peut profiter du quotient ; les suivants sont ajoutés tels quels au revenu. Voici ce que donne ce calendrier, en lisant « trois années antérieures » comme les trois années civiles qui précèdent le retrait :
| Stratégie | 2027 | 2028 | 2029 | 2030 | 2031 |
|---|---|---|---|---|---|
| Retraits annuels | Quotient possible | Barème direct | Barème direct | Barème direct | — |
| Retraits espacés | Quotient possible | — | — | — | Quotient possible (aucun retrait en 2028, 2029, 2030) |
Deux conséquences pratiques :
- Un retrait annuel de 15 000 € n'a en général pas besoin du quotient : il est déjà petit. La perte ne se voit donc pas dans les cas simples — d'où le silence des comparateurs. Elle devient coûteuse quand les retraits annuels sont gros et touchent une tranche supérieure.
- Le texte vise « le contribuable » et des « versements de même nature », pas un contrat donné. Avoir deux PER ne permet donc pas, selon nous, d'enchaîner les retraits annuels en conservant le quotient sur chacun. C'est une lecture prudente : la doctrine ne tranche pas explicitement ce cas.
Attention au dernier retrait. Solder un PER l'année qui suit un retrait partiel, c'est encore un versement fractionné perçu moins de trois ans après le précédent. Le « gros » solde final, celui qui aurait le plus besoin du quotient, en est alors privé.
Quand le fractionnement garde-t-il un vrai intérêt ?
Le quotient ne rend pas le fractionnement inutile dans tous les cas. Il garde du sens dans quatre situations.
1. Gros capital et tranche à 41 %
Dernière ligne de notre tableau : pension de 60 000 €, 120 000 € de versements déduits. Avec le quotient, le quart du capital (30 000 €) porte le revenu à 90 000 €, au-delà du seuil de 84 577 € : une partie est taxée à 41 %, soit 38 386 €. Deux retraits de 60 000 €, espacés de quatre ans et chacun au quotient, restent entièrement dans la tranche à 30 % : 36 000 €. Soit 2 386 € d'économie, contre 596 € seulement pour quatre retraits annuels (37 790 €).
2. Une année à faibles revenus
Si vous prévoyez une année où vos revenus seront très bas (par exemple entre la fin de votre activité et le versement de vos pensions), y placer un retrait peut faire mieux que le quotient, puisque vous profitez alors des tranches à 0 % et 11 %. L'âge à partir duquel le PER est déblocable a d'ailleurs bougé avec la suspension de la réforme des retraites : voir notre article sur la date de déblocage du PER après la suspension.
3. Laisser l'épargne travailler
Ce qui reste dans le plan continue d'être investi. Ce n'est pas un argument fiscal, mais c'est souvent le vrai motif d'un retrait progressif — avec le risque de marché qui va avec.
4. La part des gains
En cas de retrait fractionné, chaque retrait contient une part de versements et une part de gains, calculée au prorata de la valeur du plan à la date du retrait (§ 150). L'exemple officiel du BOFiP (§ 170) : un plan de 18 000 €, dont 15 000 € de versements, vidé en trois fois.
| Retrait | Montant | Valeur du plan avant retrait | Dont versements restitués | Dont gains (PFU) |
|---|---|---|---|---|
| 1er | 4 500 € | 18 000 € | 3 750,00 € | 750,00 € |
| 2e | 5 000 € | 13 500 € | 4 166,67 € | 833,33 € |
| 3e | 8 500 € | 8 500 € | 7 083,33 € | 1 416,67 € |
| Total | 18 000 € | — | 15 000,00 € | 3 000,00 € |
On ne peut donc pas « sortir les versements d'abord et les gains ensuite » : la proportion est imposée à chaque retrait.
Quel effet sur le revenu fiscal de référence ?
C'est le bénéfice du quotient dont on parle le moins. L'article 1417, IV du CGI retient pour le revenu fiscal de référence le revenu net « après application éventuelle des règles de quotient ». Le BOFiP le confirme : le revenu fiscal de référence n'est majoré que de la seule fraction retenue pour l'application du quotient (BOI-IR-LIQ-20-30-20, remarque sous le § 180).
Dans notre exemple à 32 000 € de pension et 60 000 € de capital, le revenu fiscal de référence de l'année ressort à 47 000 € avec quotient, contre 92 000 € sans. Or ce revenu fiscal de référence sert de clé d'accès à de nombreux dispositifs, notamment le taux de CSG appliqué aux pensions les années suivantes. MeilleurPER a recensé ces effets de seuil liés au revenu fiscal de référence : une sortie sans quotient peut en franchir plusieurs d'un coup.
Comment demander le quotient dans sa déclaration ?
Le quotient n'est jamais appliqué d'office : l'article 163-0 A dit que le contribuable « peut demander » son application. En pratique, selon Service-Public :
- Inscrire le montant de la part imposable du capital (versements déduits) ligne 0XX de la déclaration complémentaire n° 2042 C, ou sur papier libre joint à la 2042.
- Préciser la nature du revenu (« capital PER issu de versements volontaires déduits ») et le membre du foyer concerné.
- Vérifier que ce même montant n'apparaît pas aussi dans une case de pensions, sinon il serait imposé deux fois.
- Pour les gains : ils restent au prélèvement forfaitaire de 12,8 %, sauf si vous cochez l'option globale pour le barème — elle vaut alors pour tous vos revenus de capitaux de l'année, à ne choisir qu'après simulation.
Avant de lancer la sortie, deux vérifications valent de l'or : le relevé de votre assureur (part déduite, part non déduite, gains), et vos éventuels retraits des trois années précédentes. Si une partie de vos versements n'a pas été déduite, elle sort en franchise d'impôt : c'est l'arbitrage que nous détaillons dans faut-il renoncer à la déduction. Pour une vue d'ensemble de la fiscalité de sortie, voir aussi notre guide de la fiscalité du PER à la sortie, et pour l'organisation de votre budget de retraité au-delà du PER, les dossiers d'Argent.info.
Sources et textes de référence
- BOI-RSA-PENS-30-10-20 — prestations de retraite en capital, § 10, 90 à 170, version du 10 août 2026 (BOFiP).
- BOI-IR-LIQ-20-30-20 — système du quotient, diviseur de quatre et revenu fiscal de référence (BOFiP).
- Service-Public.fr, fiche F3178 — imposition des revenus exceptionnels, ligne 0XX de la 2042 C (vérifiée le 15 avril 2026).
- Service-Public.fr, fiche F1419 — barème de l'impôt sur le revenu applicable aux revenus 2025 (loi de finances pour 2026).
- impots.gouv.fr — revenus exceptionnels ou différés.
Article publié le 25 septembre 2026. Calculs réalisés par l'équipe InfoPER sur le barème des revenus 2025. Cet article a une vocation informative et ne constitue pas un conseil fiscal personnalisé : l'impôt dépend de votre foyer, de vos autres revenus et des textes en vigueur l'année du retrait.