Fiscalité11 août 2026 · 9 min de lecture

Faut-il renoncer à la déduction fiscale de ses versements PER ?

Calculatrice et billets en euros pour arbitrer entre versement PER déduit et non déduit en 2026

Peut-on refuser la déduction fiscale d'un versement PER ?

Oui. C'est même écrit dans la loi : l'article 163 quatervicies du code général des impôts ouvre un droit à déduction, il ne l'impose pas. Autrement dit, verser sur un plan d'épargne retraite et déduire ce versement de son revenu imposable sont deux décisions distinctes.

Trois caractéristiques de cette option sont mal connues et déterminent tout le reste :

Le marché concerné est massif : à fin juin 2026, les PER assurantiels comptaient 8,5 millions d'assurés pour un encours de 124,8 milliards d'euros (France Assureurs). En intégrant les PER bancaires, on dépasse les 150 milliards d'euros. Or l'arbitrage déduction / non-déduction est presque systématiquement tranché par défaut, en faveur de la déduction, parce que c'est l'argument commercial du produit.

La déduction n'est pas un cadeau fiscal, c'est un report d'imposition. Ce que l'État ne prend pas à l'entrée, il le reprend à la sortie — au taux qui sera le vôtre à ce moment-là.

Que change la non-déduction au moment de la sortie ?

Tout, sur la part « capital ». Le PER applique un principe de symétrie : ce qui a été défiscalisé à l'entrée est imposé à la sortie, ce qui ne l'a pas été ne l'est pas. Les gains, eux, suivent le même régime dans les deux cas.

SituationSortie en CAPITALSortie en RENTE
Versements DÉDUITSCapital : barème de l'impôt sur le revenu, sans prélèvements sociaux.
Gains : PFU 30 % (12,8 % + 17,2 %)
Régime des pensions : abattement de 10 % puis barème de l'IR. Prélèvements sociaux de 17,2 % sur la seule fraction déterminée par l'âge
Versements NON DÉDUITSCapital : exonéré d'IR et de prélèvements sociaux.
Gains : PFU 30 %
Régime des rentes viagères à titre onéreux : seule une fraction est imposable, 70 % avant 50 ans, 50 % de 50 à 59 ans, 40 % de 60 à 69 ans, 30 % à partir de 70 ans (article 158-6 du CGI)

La ligne la plus intéressante est celle que personne ne met en avant : versements non déduits + sortie en rente après 70 ans. Seuls 30 % de la rente entrent alors dans le revenu imposable, et les prélèvements sociaux ne portent que sur cette même fraction. C'est le régime le plus léger que le PER puisse produire — l'exact inverse de l'intuition commerciale qui pousse à tout déduire.

À l'opposé, la rente issue de versements déduits est traitée comme une pension de retraite ordinaire : abattement de 10 %, puis barème. Sur le choix capital / rente lui-même, notre guide sortie en capital ou en rente détaille les deux mécaniques, et notre dossier sur la fiscalité du PER à la sortie reprend les taux applicables.

À partir de quel écart de TMI la non-déduction devient-elle gagnante ?

La règle tient en une phrase : on déduit quand la tranche marginale d'imposition (TMI) d'aujourd'hui est supérieure à celle de la sortie, on renonce quand elle est inférieure. Encore faut-il chiffrer l'écart, parce que c'est là que se joue la décision.

Le tableau ci-dessous compare, pour 10 000 € versés et une sortie en capital, l'effet net des deux options. Les gains du plan sont ignorés : ils supportent le PFU de 30 % quelle que soit l'option, donc ils ne départagent pas.

TMI aujourd'huiTMI à la sortieVersement DÉDUITVersement NON DÉDUITÉcart
0 %11 %0 € économisé, puis −1 100 € d'impôt0 €Non déduit : +1 100 €
11 %30 %+1 100 € puis −3 000 € = −1 900 €0 €Non déduit : +1 900 €
30 %30 %+3 000 € puis −3 000 € = 0 €0 €Égalité — sauf si l'économie est réinvestie
30 %11 %+3 000 € puis −1 100 € = +1 900 €0 €Déduit : +1 900 €
41 %30 %+4 100 € puis −3 000 € = +1 100 €0 €Déduit : +1 100 €
45 %30 %+4 500 € puis −3 000 € = +1 500 €0 €Déduit : +1 500 €

Deux enseignements sortent de cette grille.

Premier enseignement : le cas « TMI égale » n'est pas neutre. À 30 % à l'entrée comme à la sortie, le solde fiscal est nul — mais l'épargnant a encaissé 3 000 € dix, vingt ou trente ans plus tôt. Placés à 4 % net pendant 20 ans, ces 3 000 € deviennent environ 6 573 €. L'avantage réel de la déduction, à TMI constante, c'est donc uniquement la valeur temps de l'économie d'impôt. Il n'existe que si cette économie est effectivement replacée, et non consommée — ce qui est loin d'être le cas général.

Second enseignement : le pire scénario est celui du foyer non imposable. Déduire quand on ne paie pas d'impôt ne rapporte rien, mais crée une créance fiscale future. En 2025, 46 % des foyers fiscaux ont payé de l'impôt sur le revenu, soit 54 % de foyers non imposés (DGFiP, rapport d'activité 2025). Pour eux, la case « je déduis » cochée par défaut peut représenter plusieurs milliers d'euros d'impôt inutile, payés vingt ans plus tard.

Attention à l'effet de tranche. Le raisonnement ci-dessus utilise la TMI, donc le taux du dernier euro. Une sortie en capital en une seule fois peut faire franchir une tranche : 60 000 € récupérés d'un coup s'ajoutent aux autres revenus de l'année et peuvent basculer une partie du capital de 30 % à 41 %. Le fractionnement de la sortie sur plusieurs exercices est le principal levier pour éviter ce ressaut.

Pour chiffrer votre propre cas, notre simulateur PER calcule l'économie d'impôt selon votre tranche, et les comparatifs de MeilleurPER permettent de vérifier que les frais du contrat n'annulent pas l'avantage fiscal recherché.

Quelle économie d'impôt dans votre situation ?

Le gain dépend de votre tranche marginale, de votre plafond disponible et de votre horizon de sortie.

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Un versement non déduit consomme-t-il votre plafond épargne retraite ?

Non, et c'est un point d'optimisation souvent ignoré. Le plafond épargne retraite qui figure sur votre avis d'impôt encadre le montant déductible, pas le montant versable. Un versement sur lequel vous renoncez à la déduction laisse donc le plafond intact.

Rappel des ordres de grandeur pour les versements de 2026, calculés sur le PASS 2025 de 47 100 € (le PASS 2026 s'établit à 48 060 €, en hausse de 2 % selon l'Urssaf) :

Deux conséquences pratiques. D'abord, un épargnant qui a saturé son plafond peut continuer à verser sur son PER en non déduit, sans limite de montant côté fiscalité d'entrée. Ensuite, une année à faibles revenus n'oblige plus à « griller » son plafond : la loi de finances pour 2026 a porté de trois à cinq ans le report des plafonds non utilisés, ce qui laisse davantage de temps pour attendre une année à TMI élevée.

Le détail du calcul, du report et de la mutualisation entre conjoints est traité dans notre guide plafond PER 2026.

Cas particulier : après 70 ans. L'article 9 de la loi de finances pour 2026 (loi n° 2026-103 du 19 février 2026) a supprimé la déductibilité des versements volontaires effectués à partir du 70e anniversaire. Pour ces épargnants, la question ne se pose plus : tout versement est mécaniquement non déduit, donc exonéré d'IR à la sortie. Voir notre article PER après 70 ans.

Et en cas de déblocage anticipé avant la retraite ?

C'est le paramètre que la plupart des comparatifs oublient, alors qu'il inverse parfois la décision. Le PER autorise six cas de déblocage anticipé, qui ne suivent pas tous le même régime.

Motif de déblocageVersements déduitsVersements non déduits
Acquisition de la résidence principaleCapital imposé au barème de l'IR ; gains au PFU 30 %Capital exonéré ; gains au PFU 30 %
Accidents de la vie (invalidité, décès du conjoint, surendettement, fin de droits au chômage, liquidation judiciaire)Capital exonéré d'IR ; gains soumis aux seuls prélèvements sociaux de 17,2 %Capital exonéré ; gains soumis aux prélèvements sociaux de 17,2 %

La lecture est nette. Si votre PER est un outil de préparation d'apport immobilier, la non-déduction supprime purement et simplement l'imposition de sortie du capital — un argument lourd pour un jeune actif encore faiblement imposé. À l'inverse, sur les motifs « accidents de la vie », le capital sort exonéré même s'il a été déduit : dans cette hypothèse, la déduction est un gain sec, jamais repris. Le détail des six motifs figure dans notre article sur le déblocage anticipé du PER.

Qui a réellement intérêt à ne pas déduire en 2026 ?

Quatre profils ressortent clairement de la grille.

À l'inverse, la déduction reste le bon réflexe pour un contribuable à 41 % ou 45 % qui anticipe une retraite à 30 %, pour un travailleur non salarié disposant d'un plafond élevé, et pour tout épargnant qui replace effectivement son économie d'impôt. Notre guide optimiser ses impôts avec le PER détaille ces stratégies, et le dossier épargne de Place des Finances replace le PER dans une allocation patrimoniale plus large.

Dernier réflexe, indépendant de la fiscalité : vérifier les frais. Un contrat chargé à 1 % de frais de gestion annuels sur unités de compte absorbe, sur vingt ans, une part importante de l'avantage fiscal débattu ici. Comparer les frais avant d'arbitrer la déduction est l'ordre logique — les comparateurs comme LeMeilleurTarif et MeilleurPER permettent ce contrôle en quelques minutes.

FAQ

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Contenus rediges par l'equipe editoriale de InfoPER, specialistes du secteur. Informations verifiees et sourcees.

Questions frequentes

Peut-on choisir de ne pas déduire un versement PER ?

Oui. La déduction prévue à l'article 163 quatervicies du code général des impôts est une faculté, pas une obligation. Le choix se fait versement par versement : vous pouvez déduire un versement de janvier et renoncer à la déduction sur un versement de décembre, sur le même plan. L'option doit être signalée au gestionnaire du plan au plus tard au moment du versement, car c'est lui qui isole comptablement les sommes non déduites. Une fois le versement enregistré, le choix ne se rattrape pas au moment de la déclaration de revenus.

Quand la non-déduction est-elle plus rentable que la déduction ?

Lorsque votre tranche marginale d'imposition actuelle est inférieure à celle que vous aurez au moment de la sortie. Un foyer non imposable qui déduit 10 000 € n'économise rien à l'entrée mais paiera l'impôt sur ces 10 000 € à la sortie : à une TMI de 11 %, cela représente 1 100 € payés pour zéro avantage. À TMI égale entre l'entrée et la sortie, la déduction reprend l'avantage, mais seulement si l'économie d'impôt est réellement réinvestie.

Un versement PER non déduit est-il exonéré d'impôt à la sortie ?

Oui pour le capital, non pour les gains. En cas de sortie en capital, la fraction correspondant aux versements non déduits est exonérée d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux : vous récupérez vos euros sans nouvelle taxation. Les plus-values générées par ces sommes restent soumises au prélèvement forfaitaire unique de 30 % (12,8 % d'impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements sociaux), exactement comme les gains issus de versements déduits.

Les versements non déduits consomment-ils le plafond épargne retraite ?

Non. Le plafond épargne retraite indiqué sur votre avis d'impôt limite le montant que vous pouvez déduire, pas le montant que vous pouvez verser. Un versement sur lequel vous renoncez à la déduction n'entame donc pas ce plafond, qui reste disponible pour une année plus favorable. La loi de finances pour 2026 a d'ailleurs porté de trois à cinq ans le report des plafonds non utilisés, ce qui rend l'attente moins pénalisante.

Comment déclarer un versement PER non déduit ?

Il n'y a rien à déclarer. Les cases 6NS, 6NT et 6NU de la déclaration de revenus servent à porter les versements dont vous demandez la déduction. Un versement non déduit ne s'y reporte pas : vous le laissez simplement en dehors de la déclaration. C'est le gestionnaire du plan qui conserve la trace des sommes non déduites et qui appliquera le bon régime fiscal au moment de la sortie ; conservez tout de même vos relevés annuels comme justificatif.

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Sources : Legifrance — Article 163 quatervicies du code général des impôts, Legifrance — Article 158 du code général des impôts (rentes viagères à titre onéreux), BOFiP — BOI-RSA-PENS-30-20, rentes viagères à titre onéreux, impots.gouv.fr — Épargne retraite, Urssaf — Plafond annuel de la Sécurité sociale 2026, France Assureurs — Épargne retraite, données à fin juin 2026 - Mis a jour le 11 août 2026

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