Chaque année, des dizaines de milliers de plans d’épargne retraite changent de mains par succession. À fin mars 2026, les PER assurantiels représentent 8,1 millions d’assurés pour 114,8 milliards d’euros d’encours (France Assureurs). Pourtant, la question la plus simple — « que devient cet argent si je meurs ? » — reçoit presque toujours une réponse tronquée : on vous cite l’abattement de 152 500 €, la bascule à 70 ans, et on s’arrête là.
Le problème, c’est que cette présentation binaire (« avant 70 ans = bien, après 70 ans = catastrophe ») est fausse dans la majorité des cas. Nous avons refait les calculs complets, droits de succession inclus. Résultat : sur un même PER de 300 000 €, le surcoût du décès après 70 ans oscille entre 2 594 € et 24 400 € selon un paramètre que quasiment aucun article ne mentionne. Voici le détail.
Que devient concrètement l’épargne au décès du titulaire ?
Un PER ne tombe jamais « dans le vide ». À votre décès, le plan est dénoué et l’épargne accumulée est versée aux personnes que vous avez désignées dans la clause bénéficiaire. Deux scénarios très différents s’ouvrent alors, selon la nature juridique de votre plan.
- PER assurantiel (contrat d’assurance de groupe) : le capital est versé hors succession aux bénéficiaires de la clause. Il suit le régime dérogatoire de l’assurance-vie.
- PER bancaire (compte-titres) : le capital réintègre l’actif successoral et se partage entre les héritiers selon les règles civiles classiques, aux droits de succession de droit commun.
Un point mérite d’être souligné, car il constitue l’argument le plus solide du PER en transmission : l’avantage fiscal obtenu à l’entrée n’est jamais repris. Les versements que vous avez déduits de votre revenu imposable pendant vingt ans ne font l’objet d’aucune réintégration à l’impôt sur le revenu au décès. Vous avez économisé de l’impôt à 41 % pendant la phase d’épargne, et vos bénéficiaires ne remboursent rien. C’est une asymétrie rare dans notre fiscalité.
« En cas de décès du titulaire du plan d’épargne retraite avant 70 ans, les sommes versées sont exonérées dans la limite de 152 500 € par bénéficiaire. » — Article 990 I du Code général des impôts
Pourquoi l’âge au décès décide de tout (et pas vos versements) ?
C’est la règle la plus contre-intuitive du PER, et la plus mal comprise. Sur une assurance-vie classique, le curseur des 70 ans s’apprécie versement par versement : les primes payées avant votre 70e anniversaire relèvent définitivement de l’article 990 I (152 500 € par bénéficiaire), celles versées après relèvent de l’article 757 B (30 500 € global). Vous pouvez donc « sécuriser » l’avantage en alimentant votre contrat tôt.
Sur un PER assurantiel, ce mécanisme n’existe pas. C’est l’âge que vous avez au moment du décès qui détermine le régime applicable à la totalité du plan. Conséquence directe : un PER alimenté intégralement entre 35 et 60 ans, dont le titulaire décède à 71 ans, bascule en bloc sous l’article 757 B — comme si tous les versements avaient été faits après 70 ans.
À retenir : vous ne pouvez pas « verrouiller » le régime des 152 500 € sur un PER en versant tôt. Verser à 40 ans ou à 68 ans ne change rigoureusement rien au traitement successoral. Seule compte la date de votre décès — le seul paramètre que vous ne maîtrisez pas.
C’est précisément ce qui rend le raisonnement « je verse tôt donc je suis tranquille » inopérant sur le PER, alors qu’il fonctionne parfaitement sur une assurance-vie. Et c’est ce qui justifie de détenir les deux enveloppes en parallèle plutôt que de choisir.
Décès à 69 ou 71 ans : combien coûte vraiment la bascule ?
Passons aux chiffres. Voici la simulation que nous n’avons trouvée nulle part dans les guides existants, parce qu’elle exige d’aller jusqu’au bout du calcul des droits de succession — et pas de s’arrêter à l’abattement.
Hypothèse commune : PER assurantiel de 300 000 €, un seul bénéficiaire, un enfant. On compare un décès à 69 ans et un décès à 71 ans.
Décès à 69 ans (article 990 I)
Abattement de 152 500 €. Base taxable : 147 500 €, prélevée à 20 % (le taux passe à 31,25 % seulement au-delà de 700 000 €). Impôt : 29 500 €. Net pour l’enfant : 270 500 €.
Décès à 71 ans (article 757 B)
Ici, tout se joue sur un détail décisif. Les sommes entrent dans l’assiette des droits de succession après l’abattement global de 30 500 €. Mais elles bénéficient ensuite de l’abattement personnel de 100 000 € par enfant (article 779 du CGI) — à condition qu’il ne soit pas déjà consommé par le reste de la succession. Et c’est là que les deux scénarios divergent brutalement :
| Scénario (PER 300 000 €, 1 enfant) | Impôt dû | Net perçu | Écart vs décès à 69 ans |
|---|---|---|---|
| Décès à 69 ans — art. 990 I | 29 500 € | 270 500 € | référence |
| Décès à 71 ans — abattement 100 000 € disponible | 32 094 € | 267 906 € | − 2 594 € |
| Décès à 71 ans — abattement 100 000 € déjà consommé | 53 900 € | 246 100 € | − 24 400 € |
Calculs infoPER, barème des droits de succession en ligne directe en vigueur au 16 juillet 2026 (5 % jusqu’à 8 072 €, 10 % jusqu’à 12 109 €, 15 % jusqu’à 15 932 €, 20 % jusqu’à 552 324 €).
Le rapport est de 9,4 entre les deux situations « après 70 ans ». Autrement dit : la fameuse « falaise des 70 ans » n’existe quasiment pas pour un enfant unique qui n’hérite que du PER — 2 594 € de surcoût sur 300 000 €, soit 0,9 %. Elle devient en revanche coûteuse dès que l’abattement de 100 000 € est absorbé par le reste du patrimoine : résidence principale, comptes bancaires, portefeuille titres. Ce qui est le cas de la majorité des successions françaises.
La vraie question n’est donc pas « vais-je mourir avant 70 ans ? » mais « mon abattement successoral de 100 000 € par enfant sera-t-il encore disponible au moment du décès ? ». Si votre patrimoine hors PER dépasse déjà 100 000 € par enfant, la bascule des 70 ans vous coûte réellement cher. Sinon, elle est presque indolore.
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Simuler mon PERPER assurantiel ou PER bancaire : lequel détenez-vous ?
Tout ce qui précède ne vaut que pour les PER assurantiels. Or à fin septembre 2025, les entreprises d’assurance représentaient 74 % de l’encours de l’ensemble des PER (France Assureurs). Le quart restant — les PER bancaires, ouverts sous forme de compte-titres — obéit à des règles radicalement différentes, et leurs détenteurs l’ignorent souvent.
| Critère | PER assurantiel (~74 % du marché) | PER bancaire (~26 %) |
|---|---|---|
| Nature juridique | Contrat d’assurance de groupe | Compte-titres |
| Au décès | Versé hors succession aux bénéficiaires | Réintégré à l’actif successoral |
| Clause bénéficiaire | Oui, librement rédigée | Non — les héritiers légaux |
| Abattement décès avant 70 ans | 152 500 € par bénéficiaire | Aucun abattement spécifique |
| Fonds euros à capital garanti | Oui | Non |
Sur notre cas de 300 000 € avec décès à 69 ans, la différence est nette : un PER bancaire laisse 261 806 € à l’enfant si l’abattement de 100 000 € est disponible (soit 8 694 € de moins que le PER assurantiel), et seulement 240 000 € s’il est déjà consommé — 30 500 € de moins. Un PER bancaire n’est pas un mauvais produit, mais ce n’est pas un outil de transmission.
Comment savoir ? Regardez vos conditions générales : si le document mentionne une « clause bénéficiaire » et un « fonds en euros », vous détenez un PER assurantiel. Si l’on vous parle de « compte-titres » et de « teneur de compte », c’est un PER bancaire. En cas de doute, le transfert vers un autre établissement reste possible : les frais sont plafonnés à 1 % avant 5 ans et gratuits au-delà.
Les 152 500 € du PER se cumulent-ils avec l’assurance-vie ?
Non — et c’est l’une des erreurs les plus coûteuses en pratique. L’abattement de 152 500 € prévu à l’article 990 I s’apprécie par bénéficiaire, tous contrats confondus. Trois contrats désignant la même personne n’ouvrent qu’un seul abattement : les capitaux se cumulent pour le calcul.
Concrètement, si vous désignez votre fils comme bénéficiaire d’une assurance-vie de 200 000 € et d’un PER de 150 000 €, il ne dispose pas de 305 000 € d’abattement mais bien de 152 500 € pour l’ensemble des 350 000 €. Le solde de 197 500 € est taxé à 20 %.
La parade est simple et sous-utilisée : répartir les bénéficiaires entre vos enveloppes. Désignez votre fils sur l’assurance-vie et votre fille sur le PER, plutôt que les deux sur les deux contrats : vous mobilisez alors deux abattements de 152 500 € au lieu d’un seul partagé. C’est le vrai intérêt de cumuler un PER et une assurance-vie — pas de doubler l’abattement, mais de multiplier les têtes qui en bénéficient.
Il en va de même pour l’abattement de 30 500 € après 70 ans : il est global, pour l’ensemble des contrats d’assurance-vie et des PER du défunt, quel que soit le nombre de bénéficiaires. Un seul et unique abattement de 30 500 € à partager. C’est la raison pour laquelle la fiscalité post-70 ans est si sévère quand le patrimoine est important.
Conjoint, PACS, enfants : qui paie quoi ?
Le statut du bénéficiaire change tout, indépendamment de l’âge au décès.
- Conjoint marié ou partenaire de PACS : totalement exonéré, dans tous les cas. Ni prélèvement de l’article 990 I, ni droits de succession (loi TEPA de 2007). Que vous décédiez à 68 ou 78 ans, avec un PER assurantiel ou bancaire, votre conjoint ne paie rien. Le débat sur les 70 ans est sans objet pour lui.
- Enfants : c’est le cas standard décrit plus haut — 152 500 € par enfant avant 70 ans, puis abattement de 100 000 € et barème progressif de 5 % à 45 % dans le régime de l’article 757 B.
- Concubin ou tiers : c’est ici que l’écart devient spectaculaire. Avant 70 ans, il profite des 152 500 € et du taux de 20 % comme n’importe qui. Après 70 ans, il tombe dans les droits de succession entre non-parents, taxés à 60 % après un abattement de 1 594 €. Pour un couple non marié, la bascule des 70 ans n’est plus une nuance : c’est une falaise réelle.
Un dernier cas, souvent oublié : en cas de sortie en rente viagère, les réversions au profit du conjoint, du partenaire de PACS ou des parents en ligne directe sont exonérées de droits de succession. Et pour les rentes constituées par des versements réguliers pendant au moins 15 ans, le prélèvement de l’article 990 I ne s’applique pas. Un point à considérer si vous hésitez entre sortie en capital ou en rente.
Comment sécuriser la transmission de votre PER ?
Trois actions concrètes, par ordre d’impact :
- Vérifiez et datez votre clause bénéficiaire. Une clause non mise à jour après un divorce, un remariage ou une naissance est la première cause de litige. La clause type « mon conjoint, à défaut mes enfants, à défaut mes héritiers » convient à beaucoup de situations, mais elle « gaspille » les 152 500 € puisque le conjoint est de toute façon exonéré. Désigner directement les enfants mobilise un abattement par enfant.
- Cartographiez vos abattements de 100 000 €. Faites le total de ce que chaque enfant recevra hors PER (immobilier, comptes, titres). Si le total dépasse déjà 100 000 €, votre PER post-70 ans sera taxé au taux marginal dès le premier euro — c’est le scénario à 24 400 € de notre tableau.
- Ne liquidez pas mécaniquement votre PER avant 70 ans. Sortir en capital pour « échapper » à l’article 757 B déclenche l’impôt sur le revenu sur les versements déduits, plus 30 % de flat tax sur les gains. Le remède est presque toujours plus coûteux que le mal — surtout si l’écart réel n’est que de 2 594 €.
Enfin, rappelons l’évidence : depuis la loi de finances pour 2026, la déductibilité des versements effectués à partir de 70 ans est supprimée. La fiscalité successorale du PER assurantiel, elle, n’a pas bougé — les articles 990 I et 757 B restent inchangés. Pour arbitrer entre les enveloppes, notre comparatif PER ou assurance-vie détaille les autres critères, et meilleurper.fr compare les frais et les rendements des contrats du marché. Pour une vision d’ensemble de votre retraite, argent.info propose une simulation complète.
Sources
- Légifrance — Article 990 I du Code général des impôts (abattement 152 500 €, taux 20 % / 31,25 %)
- Légifrance — Article 757 B du Code général des impôts (abattement global 30 500 € après 70 ans)
- impots.gouv.fr — Imposition des primes pour le bénéficiaire d’une assurance-vie
- service-public.gouv.fr — Barème et abattements des droits de succession (abattement 100 000 € par enfant, barème 5 % à 45 %)
- France Assureurs — Chiffres clés de l’épargne retraite (8,1 M d’assurés, 114,8 Md€ d’encours à fin mars 2026 ; 74 % de l’encours PER chez les assureurs)