PER et divorce27 août 2026 · 10 min de lecture

Que devient un PER en cas de divorce ? Le plan reste au titulaire, mais la communauté a droit à une récompense

Documents juridiques et calculatrice pour la liquidation du regime matrimonial et le partage d.un plan d.epargne retraite
L'essentiel en 5 points
  • Le PER ne se partage pas. C'est un bien propre par nature (article 1404 du code civil) : il reste entièrement au titulaire, quel que soit le régime matrimonial.
  • Mais il se compense. Alimenté par des revenus communs, il déclenche une récompense due à la communauté (article 1437 du code civil), confirmée pour les contrats de retraite par la Cour de cassation le 28 février 2018 (1re chambre civile, n° 17-13.392).
  • Le divorce n'est pas un cas de déblocage. Les six cas de l'article L224-4 du code monétaire et financier ne le prévoient pas : il faut payer la récompense sans pouvoir toucher au plan.
  • Erreur la plus coûteuse : raisonner sur la valeur brute. Un PER de 100 000 € alimenté par des versements déduits ne vaut pas 100 000 € net. La fiscalité latente peut dépasser 25 000 €.
  • Séparation de biens : aucune récompense, sauf financement démontré par l'autre époux, qui relève alors d'une créance entre époux.

En France, plus de 120 000 divorces sont prononcés chaque année (source : Insee, bilan démographique 2026), et le plan d'épargne retraite est devenu en cinq ans un produit de masse : plus de 11 millions de titulaires et environ 140 milliards d'euros d'encours tous PER confondus fin 2025 (source : France Assureurs, chiffres 2026). La rencontre des deux est désormais un cas fréquent — et un cas mal traité, parce qu'il repose sur un mécanisme de droit matrimonial que la plupart des documentations commerciales n'évoquent pas.

La question posée n'est jamais « comment couper le PER en deux ». C'est : combien le titulaire doit-il à l'autre, avec quel argent, et sur quelle base de calcul.

Le PER est-il un bien propre ou un bien commun ?

La réponse est nette : le PER individuel est un bien propre. L'article 1404 du code civil range parmi les biens propres, par leur nature, « les droits exclusivement attachés à la personne ». Un contrat d'épargne retraite ouvre un droit à une prestation viagère personnelle : il est indissociable de son titulaire.

Conséquence directe : le plan n'entre pas dans la masse à partager. Il n'est ni divisé, ni transféré, ni cotitularisé. Le juge ne peut pas ordonner qu'une moitié du PER passe au nom de l'ex-conjoint, comme il le ferait pour un compte-titres commun ou un bien immobilier.

Cette solution n'est pas propre au PER. Elle a été construite par la jurisprudence sur les contrats d'assurance-vie et de retraite : arrêt Daignan du 10 juillet 1996 (Cour de cassation, 1re chambre civile, n° 94-18.733), confirmé le 22 mai 2007 (n° 05-18.516), puis appliquée aux contrats de retraite supplémentaire par l'arrêt du 28 février 2018 (n° 17-13.392), rendu à propos d'un contrat Préfon-Retraite alimenté par des deniers communs.

Le contrat de retraite reste propre à son souscripteur ; mais les primes payées avec des fonds communs ouvrent droit à récompense au profit de la communauté.

Qu'est-ce que la récompense due à la communauté ?

Sous le régime légal de la communauté réduite aux acquêts — celui qui s'applique automatiquement en l'absence de contrat de mariage, soit environ 3 mariages sur 4 en France (source : Insee, statistiques du mariage 2026) — les revenus perçus pendant le mariage sont des biens communs (article 1401 du code civil). Salaires, revenus professionnels d'un indépendant, revenus des biens propres : tout tombe dans la communauté.

Or un PER individuel est presque toujours alimenté par ces revenus-là. On se trouve donc dans la situation exacte visée par l'article 1437 du code civil : un époux a tiré un profit personnel de biens communs. Il en doit récompense.

Le mécanisme, en trois temps

  1. Le plan reste propre — le titulaire garde l'intégralité du contrat, sans exception.
  2. La communauté inscrit une créance — le montant de la récompense est porté à l'actif de la masse commune à partager.
  3. Le partage rétablit l'équilibre — la masse commune étant partagée par moitié, l'ex-conjoint récupère en pratique la moitié de la récompense, sous forme de soulte ou par attribution d'un autre bien.
ÉtapeCe qui se passeFondement
Qualification du planBien propre du titulaireArticle 1404 du code civil
Origine des versementsRevenus du mariage = biens communsArticle 1401 du code civil
Profit personnel tiréRécompense due à la communautéArticle 1437 du code civil
Évaluation de la récompenseDépense faite ou profit subsistantArticle 1469 du code civil
Effet du partageL'ex-conjoint perçoit la moitié de la récompensePartage par moitié de la masse commune

Deux méthodes d'évaluation, deux résultats très différents

L'article 1469 du code civil ouvre deux voies : la dépense faite (le montant nominal des primes versées avec des fonds communs) ou le profit subsistant (la valeur actuelle procurée par cette dépense). Sur un PER dont les unités de compte ont bien performé, l'écart peut être considérable.

Base retenueExemple : 60 000 € versés, valeur du plan 92 000 €Part revenant à l'ex-conjoint
Dépense faite (primes nominales)Récompense = 60 000 €30 000 €
Profit subsistant (valeur actuelle)Récompense = 92 000 €46 000 €
Écart32 000 €16 000 €

C'est ici que se joue la vraie négociation. Le débat sur la base d'évaluation pèse souvent plus lourd que le débat sur le principe même de la récompense. Il se tranche au cas par cas et mérite l'avis d'un notaire ou d'un avocat en droit patrimonial de la famille — surtout si le plan est majoritairement investi en unités de compte.

Peut-on débloquer un PER pour payer son ex-conjoint ?

Non. Et c'est le point le plus problématique du dossier.

L'article L224-4 du code monétaire et financier énumère limitativement les cas de déblocage anticipé d'un PER : invalidité du titulaire, de ses enfants, de son conjoint ou partenaire de PACS ; décès du conjoint ou du partenaire de PACS ; expiration des droits à l'assurance chômage ; surendettement ; cessation d'activité non salariée à la suite d'une liquidation judiciaire ; acquisition de la résidence principale.

Le divorce n'y figure pas. Ni la séparation de corps, ni la rupture de PACS.

Le point que personne ne signale à la souscription : vous devez une dette liquide et exigible — la récompense — au titre d'un actif que vous ne pouvez pas mobiliser. Le titulaire d'un PER est donc structurellement désavantagé en trésorerie au moment du partage. Plus le PER pèse lourd dans le patrimoine du couple, plus l'effet est violent.

Les trois façons de régler concrètement la récompense

Deux cas particuliers méritent d'être signalés. Le déblocage pour acquisition de la résidence principale peut redevenir disponible si le titulaire rachète un logement après la séparation — mais le rachat déclenche alors l'imposition décrite ci-dessous. Le déblocage pour décès du conjoint ne joue évidemment plus une fois le divorce prononcé : le lien matrimonial ayant disparu, le cas de sortie disparaît avec lui.

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Sur quelle valeur calculer la récompense : brute ou nette d'impôt ?

C'est l'angle mort du dossier, et il coûte cher.

Un PER individuel alimenté par des versements volontaires déduits du revenu imposable porte une dette fiscale latente. À la sortie en capital, la part correspondant aux versements déduits est imposée au barème progressif de l'impôt sur le revenu, et les plus-values au prélèvement forfaitaire unique de 30 % (12,8 % d'impôt + 17,2 % de prélèvements sociaux). Retenir la valeur brute du plan comme assiette de récompense revient donc à faire payer au titulaire un impôt que l'ex-conjoint ne supportera jamais.

Démonstration chiffrée

PER individuel valorisé 100 000 €, dont 80 000 € de versements volontaires intégralement déduits et 20 000 € de plus-values. Titulaire imposé dans la tranche marginale à 30 % au moment de la sortie.

ComposanteMontantFiscalité applicable à la sortie en capitalImpôt
Versements déduits80 000 €Barème de l'impôt sur le revenu, TMI 30 %24 000 €
Plus-values20 000 €Prélèvement forfaitaire unique 30 %6 000 €
Valeur brute100 000 €30 000 €
Valeur nette réelle70 000 €

Sur une récompense évaluée au profit subsistant, la différence pour le titulaire est mécanique : 50 000 € à verser si l'on retient la valeur brute, 35 000 € si l'on retient la valeur nette. Soit 15 000 € d'écart sur un seul poste du partage.

Un PER de 100 000 € et une assurance-vie de 100 000 € ne pèsent pas le même poids dans une liquidation. Le premier porte un impôt de sortie que le second n'a pas.

À faire valoir explicitement dans les échanges. Cette asymétrie n'est pas automatique : elle doit être soulevée et documentée, avec un chiffrage de la fiscalité latente au taux marginal réellement applicable. Si le plan a été alimenté par des versements non déduits, l'argument tombe en grande partie : seule la plus-value est alors taxée. Voir notre article sur les versements non déduits.

Quel traitement selon votre régime matrimonial et votre type de PER ?

Le mécanisme de la récompense suppose deux conditions cumulatives : un régime communautaire, et un financement par des deniers communs. Faites tomber l'une des deux et la récompense disparaît.

SituationLe plan est-il partagé ?Récompense ou créance due ?À vérifier
Communauté légale, PER individuel alimenté par les revenusNonOui, récompense à la communautéBase d'évaluation et fiscalité latente
Communauté légale, PER alimenté par un héritage ou une donationNonNon, fonds propresTraçabilité des fonds — déclaration de remploi
Séparation de biensNonNon, sauf financement par l'autre épouxRelevés bancaires prouvant l'origine des versements
Participation aux acquêtsNonIntégré au calcul de la créance de participationÉvaluation du patrimoine final
PER d'entreprise financé exclusivement par l'employeurNonNonDistinguer versements obligatoires et versements volontaires du salarié
PACS sans indivisionNonNonRégime de séparation par défaut depuis 2007

Le cas du PER d'entreprise mérite une attention particulière : un même contrat peut cumuler des versements obligatoires de l'employeur, un abondement et des versements volontaires du salarié. Seuls les compartiments alimentés par des sommes de nature commune sont susceptibles d'ouvrir droit à récompense. Notre comparatif PER individuel ou PER d'entreprise détaille cette architecture en trois compartiments.

Quels réflexes adopter avant la liquidation ?

Quatre actions concrètes, dans cet ordre.

  1. Demander un relevé de situation complet à l'assureur ou au gestionnaire : valeur du plan à la date de l'ordonnance de non-conciliation ou de l'assignation, historique intégral des versements, et surtout ventilation par compartiment.
  2. Reconstituer l'origine des fonds. Un versement issu d'une donation ou d'une succession est propre et sort de l'assiette de récompense — mais il faut pouvoir le prouver, relevés à l'appui. C'est le travail le plus rentable du dossier.
  3. Chiffrer la fiscalité latente au taux marginal d'imposition prévisible à la sortie, en distinguant versements déduits et non déduits. Ce chiffrage est un argument de négociation, pas une simple information.
  4. Anticiper la trésorerie. Puisque le plan reste bloqué, identifier dès le départ quel actif servira à compenser : liquidités, assurance-vie rachetable, ou attribution préférentielle d'un autre bien.

Et après le divorce ?

Deux points de vigilance restent ouverts. La clause bénéficiaire du PER continue de désigner l'ex-conjoint tant qu'elle n'a pas été modifiée : le divorce ne la révoque pas automatiquement. Il faut la mettre à jour explicitement — voir notre article sur la fiscalité du PER en cas de décès du titulaire. Et le plafond de déduction annuel, mutualisable entre époux tant que le mariage dure, redevient strictement individuel : la stratégie de versement doit être recalculée. Notre article sur la mutualisation des plafonds en couple détaille ce mécanisme.

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Équipe InfoPER
Contenus rédigés par l'équipe éditoriale d'InfoPER, spécialiste du plan d'épargne retraite et de la fiscalité de l'épargne. Informations vérifiées et sourcées. Cet article ne constitue pas un conseil juridique individualisé.

Questions frequentes

Le PER est-il partagé en deux en cas de divorce ?

Non. Le plan d'épargne retraite individuel est un bien propre par nature au sens de l'article 1404 du code civil : il reste entièrement au nom de son titulaire et ne peut être ni divisé, ni transféré à l'ex-conjoint. Ce qui se partage, c'est la récompense due à la communauté lorsque le plan a été alimenté par des revenus communs, en application de l'article 1437 du code civil.

Peut-on débloquer son PER pour payer une soulte de divorce ?

Non. L'article L224-4 du code monétaire et financier énumère limitativement six cas de déblocage anticipé : invalidité, décès du conjoint ou partenaire de PACS, expiration des droits au chômage, surendettement, liquidation judiciaire d'une activité non salariée et acquisition de la résidence principale. Le divorce n'en fait pas partie. La récompense doit donc être réglée par compensation sur un autre bien, par une soulte payée sur la trésorerie personnelle, ou par un étalement conventionnel.

Comment se calcule la récompense due sur un PER ?

L'article 1469 du code civil permet de retenir soit la dépense faite, c'est-à-dire le montant nominal des primes payées avec des deniers communs, soit le profit subsistant, c'est-à-dire la valeur actuelle procurée par ces versements. L'écart peut être important sur un plan investi en unités de compte : 60 000 € de versements ayant produit un plan de 92 000 € donnent une récompense de 60 000 € ou de 92 000 € selon la base retenue. Le point se négocie et mérite l'avis d'un notaire.

Faut-il retenir la valeur brute ou la valeur nette d'impôt du PER ?

La valeur brute surévalue systématiquement un PER alimenté par des versements déduits, puisqu'à la sortie en capital ces versements sont imposés au barème de l'impôt sur le revenu et les plus-values au prélèvement forfaitaire unique de 30 %. Sur un plan de 100 000 € comprenant 80 000 € de versements déduits, avec une tranche marginale à 30 %, la fiscalité latente atteint 30 000 € : la valeur nette réelle est de 70 000 €. Cet argument doit être soulevé et chiffré, il n'est pas appliqué d'office.

En séparation de biens, l'ex-conjoint peut-il réclamer une part du PER ?

En principe non : sous le régime de la séparation de biens, chaque époux conserve ses revenus et ses acquisitions, et aucune récompense n'est due. Une créance entre époux reste toutefois envisageable si le PER a été financé, en tout ou partie, par des fonds appartenant à l'autre conjoint et que celui-ci peut le démontrer par des relevés bancaires. Le régime de la participation aux acquêts suit une logique différente : le PER entre dans le calcul du patrimoine final servant à déterminer la créance de participation.

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Sources : Legifrance - code civil art. 1401, 1404, 1437 et 1469 ; code monetaire et financier art. L224-4 ; Cour de cassation 1re ch. civ. 10 juillet 1996 n. 94-18.733, 22 mai 2007 n. 05-18.516, 28 fevrier 2018 n. 17-13.392 ; Insee (bilan demographique 2026, statistiques du mariage) ; France Assureurs (encours epargne retraite 2026) ; service-public.fr - divorce et regimes matrimoniaux ; impots.gouv.fr - fiscalite du plan d.epargne retraite. - Mis a jour le 27 août 2026

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