Oui, vous pouvez garder votre PER en partant à l'étranger, mais vous perdez presque toujours la déduction fiscale. Le plan d'épargne retraite (PER) est un placement bloqué jusqu'à la retraite dont les versements volontaires se déduisent du revenu imposable en France. Cette déduction est une charge du revenu global : un non-résident, imposé seulement sur ses revenus de source française, ne peut pas en bénéficier (article 164 A du code général des impôts), sauf s'il est non-résident dit « Schumacker », c'est-à-dire qu'il tire de France au moins 75 % de ses revenus et vit dans l'Union européenne ou l'Espace économique européen (BOFiP, BOI-IR-DOMIC-40). Aucun texte n'impose de fermer le plan, et l'expatriation ne permet pas de le débloquer. Le vrai risque est ailleurs : continuer à verser sans cocher l'option de non-déduction, et payer l'impôt à la sortie sur une déduction jamais obtenue. Le PER compte 12,9 millions de titulaires pour 150,4 milliards d'euros d'encours à fin 2025, selon la Direction générale du Trésor (juin 2026) ; ceux qui partent vivre hors de France sont dans une zone que l'administration n'a pas encore commentée.
Peut-on garder son PER en partant vivre à l'étranger ?
Oui. Le code monétaire et financier, qui organise le PER (articles L. 224-1 et suivants), ne pose aucune condition de résidence en France pour détenir un plan. Votre épargne reste investie, continue de produire des intérêts ou des plus-values, et vous pourrez la récupérer à la retraite comme un résident.
Deux nuances pratiques, qui relèvent des établissements et non de la loi :
- Les nouveaux versements peuvent être refusés pour les résidents de certains pays. Le cas le plus fréquent est celui des États-Unis, en raison des obligations déclaratives américaines. Lisez les conditions générales et prévenez votre assureur ou votre banque de votre changement d'adresse.
- L'ouverture d'un nouveau PER par un non-résident est souvent impossible en ligne. Si vous envisagez d'en ouvrir un, faites-le avant le départ.
Retenez surtout ce qui ne marche pas : l'expatriation ne figure pas parmi les cas de déblocage anticipé. La liste est fermée (article L. 224-4 du code monétaire et financier) : décès du conjoint ou du partenaire de Pacs, invalidité, surendettement, fin des droits au chômage, liquidation judiciaire d'une activité non salariée, achat de la résidence principale. Partir à Lisbonne ou à Montréal ne libère pas l'épargne.
Vos versements restent-ils déductibles une fois non-résident ?
En règle générale, non. La déduction des versements PER (article 163 quatervicies du code général des impôts) s'impute sur le revenu global. Or un contribuable qui n'a plus son domicile fiscal en France n'est imposé que sur ses revenus de source française, et l'article 164 A interdit d'en déduire les charges du revenu global. Un versement de 5 000 € fait depuis Dubaï ou Singapour ne réduit donc aucun impôt français.
L'exception des non-résidents « Schumacker »
Depuis l'arrêt Schumacker de la Cour de justice des Communautés européennes (1995), certains non-résidents sont traités comme des résidents pour le calcul de l'impôt. Le BOFiP (BOI-IR-DOMIC-40) fixe trois conditions, reprises dans la notice de la déclaration n° 2041-E (édition 2024) :
- être domicilié dans un autre État de l'Union européenne ou de l'Espace économique européen ayant conclu avec la France une convention d'assistance administrative ;
- tirer de France au moins 75 % de son revenu mondial imposable (ou au moins 50 %, si l'on ne bénéficie d'aucun avantage lié à sa situation personnelle dans son pays de résidence) ;
- ne pas bénéficier, dans l'État de résidence, d'avantages suffisants liés à sa situation personnelle et familiale.
Ces non-résidents peuvent déduire les charges du revenu global, donc, en principe, leurs versements PER. Le profil type est un frontalier qui vit en Belgique ou en Espagne et travaille en France. En pratique, des députés ont signalé des refus de l'administration malgré des critères remplis : gardez la preuve de vos revenus mondiaux.
Quel plafond pour un non-résident ?
Le plafond de déduction est calculé sur les revenus d'activité de l'année précédente déclarés en France. Pour 2026, il va de 4 710 € à 37 680 € pour un salarié (Service-Public.fr, fiche F34982). Une année passée à l'étranger sans revenus d'activité imposables en France ne crée pas de plafond exploitable, et votre avis d'impôt de non-résident ne mentionne en général aucun plafond épargne retraite.
| Votre situation | Versements déductibles en France ? | Ce que nous conseillons |
|---|---|---|
| Résident fiscal français jusqu'au départ | Oui, pour les versements encaissés avant le transfert de domicile, dans votre plafond | Utiliser le plafond disponible avant de partir, si votre tranche est d'au moins 30 % |
| Non-résident « Schumacker » (UE/EEE, au moins 75 % des revenus en France) | Oui en principe (BOI-IR-DOMIC-40) | Verser normalement, conserver la preuve de vos revenus mondiaux |
| Non-résident UE/EEE ordinaire | Non (article 164 A du CGI) | Suspendre les versements ou cocher l'option de non-déduction |
| Non-résident hors UE (Suisse, Royaume-Uni, Golfe, Amérique...) | Non, sauf convention particulière | Même conseil ; vérifier que l'établissement accepte encore les versements |
| Retour en France après au moins 3 ans d'absence | Oui, avec un plafond majoré l'année du retour (article 163 quatervicies) | Concentrer un versement l'année de la réinstallation |
Sources : CGI art. 163 quatervicies et 164 A ; BOFiP BOI-IR-DOMIC-40 ; Service-Public.fr F34982. Synthèse InfoPER, 26 octobre 2026.
Pourquoi l'option de non-déduction devient-elle décisive ?
C'est le point que la plupart des guides sur l'expatriation passent sous silence. Par défaut, un versement volontaire sur un PER est classé « déductible ». Pour qu'il ne le soit pas, vous devez exercer l'option de non-déduction prévue à l'article L. 224-20 du code monétaire et financier, au plus tard au moment du versement, et elle est irrévocable. Le tableau de synthèse du BOFiP publié en août 2026 le montre clairement : à la sortie en capital, la fraction correspondant aux versements « déductibles » est imposée au barème de l'impôt sur le revenu, sans abattement de 10 % (article 158, 5-b quinquies du CGI), tandis que celle des versements ayant fait l'objet de l'option est exonérée d'impôt sur le revenu.
Autrement dit, le fisc regarde la catégorie du versement, pas ce que vous avez réellement économisé. Un expatrié qui verse sans cocher l'option se retrouve avec des versements fiscalement « déductibles » qu'il n'a jamais pu déduire. Si vous revenez en France et sortez en capital à la retraite, cette part sera imposée comme si vous aviez profité de l'avantage.
Le bon réflexe : chaque versement fait pendant l'expatriation doit porter la mention « option pour la non-déductibilité », sur le bulletin papier ou dans l'espace client, au moment où vous versez. Après, il est trop tard.
L'AFG relève justement que cette articulation entre non-résidence et option de non-déduction n'est pas clarifiée par l'administration. Tant que la doctrine ne dit pas le contraire, cocher l'option est la seule façon de sécuriser vos versements.
Vous rentrez en France ou vous partez bientôt ?
Estimez l'économie d'impôt de vos versements selon votre tranche et le plafond dont vous disposez cette année.
Simuler mon PER →Combien coûte l'oubli de l'option ? Un cas chiffré
Prenons Claire, 42 ans, salariée imposée dans la tranche à 30 %. Son PER vaut 40 000 € : 30 000 € de versements déduits quand elle vivait en France et 10 000 € de gains. Elle part travailler à Lisbonne en janvier 2027 pour cinq ans, ne garde aucun revenu en France et continue de verser 3 000 € par an, soit 15 000 €. Elle revient ensuite en France et prend sa retraite en capital, toujours dans la tranche à 30 %.
| Part des 15 000 € versés à l'étranger | Sans option de non-déduction | Avec option de non-déduction |
|---|---|---|
| Économie d'impôt à l'entrée | 0 € (non-résidente, article 164 A) | 0 € |
| Impôt sur le revenu à la sortie sur les 15 000 € | 15 000 € x 30 % = 4 500 € | 0 € (exonéré) |
| Gains produits par ces versements | Prélèvement forfaitaire de 12,8 % + prélèvements sociaux | Identique |
| Bilan | 4 500 € payés pour un avantage jamais reçu | Neutre : le PER se comporte comme une épargne bloquée classique |
Calcul InfoPER, hypothèse d'une sortie en capital en tant que résidente française, barème et taux de 2026. Les 30 000 € déduits avant le départ restent imposables à la sortie dans les deux cas : c'est la contrepartie normale de la déduction obtenue.
Les 4 500 € perdus représentent 30 % des sommes versées pendant l'expatriation. À la tranche à 41 %, la perte monterait à 6 150 €. Et si Claire était restée en France, ses 15 000 € auraient au contraire réduit son impôt de 4 500 € à l'entrée : l'expatriation transforme l'atout du PER en handicap si l'on ne change pas de méthode.
Faut-il pour autant continuer à verser ? Avec l'option, le PER devient une épargne bloquée jusqu'à la retraite sans avantage fiscal à l'entrée. Une assurance-vie, accessible à tout moment, rend souvent le même service avec plus de souplesse. Nous comparons les deux enveloppes dans PER ou assurance-vie en 2026, et nos confrères d'Argent.info détaillent le fonctionnement complet du plan.
Comment sera imposée la sortie si vous vivez toujours à l'étranger ?
C'est la question la plus incertaine, car tout dépend de la convention fiscale entre la France et votre pays de résidence. Voici ce que disent les règles générales.
Sortie en rente
Une rente issue de versements déductibles est imposée comme une pension. Versée par un assureur français à un non-résident, elle est en principe soumise à la retenue à la source de l'article 182 A du CGI. Mais la plupart des conventions, sur le modèle de l'OCDE (article 18), réservent l'imposition des pensions privées au pays de résidence : sur présentation d'une attestation de résidence fiscale, la retenue française n'est alors pas appliquée et la rente est imposée là où vous vivez.
Sortie en capital
Le capital se décompose en deux parts : les versements, imposés au barème s'ils étaient déductibles, et les gains, soumis au prélèvement forfaitaire de 12,8 %. Leur traitement pour un non-résident n'est pas commenté par le BOFiP, et les conventions qualifient différemment un capital de retraite (pension, revenu de capitaux mobiliers ou revenu non dénommé). Avant toute demande de rachat depuis l'étranger, demandez par écrit à votre établissement la retenue qu'il appliquera, et faites valider la qualification par un fiscaliste du pays de résidence.
Prélèvements sociaux
Pour un résident, les gains d'un PER supportent 18,6 % de prélèvements sociaux en 2026 depuis la hausse de la CSG votée dans la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026. Un non-résident affilié à un régime de sécurité sociale d'un autre État de l'Espace économique européen ou de Suisse (le Royaume-Uni garde le même traitement) est exonéré de CSG et de CRDS mais reste redevable du prélèvement de solidarité de 7,5 %, selon impots.gouv.fr. Hors de ces pays, le taux plein s'applique en principe.
Que faire avant de partir et à votre retour ?
- Avant le départ : regardez votre plafond épargne retraite sur votre dernier avis d'impôt. Un versement encaissé avant le transfert de domicile reste déductible des revenus de l'année du départ, déclarés en France pour la période de résidence. C'est souvent la dernière déduction possible avant longtemps.
- Prévenez l'établissement de votre nouvelle adresse et de votre statut de non-résident, et demandez s'il accepte encore les versements depuis votre pays.
- Pendant l'expatriation : suspendez les versements programmés, ou cochez l'option de non-déduction à chaque versement. Ne laissez pas tourner un virement mensuel sans option.
- Gardez une trace de chaque versement avec la mention de l'option : l'établissement doit la suivre jusqu'à la sortie, parfois plus de vingt ans après.
- Au retour : si vous n'avez pas été domicilié en France pendant les trois années précédentes, le plafond de l'année de réinstallation est majoré. Nos confrères de MeilleurPER expliquent ce mécanisme dans PER et retour d'expatriation : la déduction quadruplée.
Faut-il plutôt fermer son PER avant de partir ?
Vous ne le pouvez pas, sauf à remplir un cas de déblocage anticipé. Et ce ne serait pas souhaitable : l'épargne accumulée avec déduction continue de fructifier, et si vous rentrez en France pour votre retraite, vous retrouverez exactement le régime des résidents. La bonne stratégie consiste à figer le PER (garder l'encours, arrêter les versements ou les faire avec option) et à loger l'épargne nouvelle dans une enveloppe disponible. Si votre départ est temporaire et que vous savez déjà revenir, la majoration du plafond l'année du retour permet de rattraper une partie de la déduction perdue.
Sources
- BOFiP, BOI-IR-DOMIC-40, situation des non-résidents « Schumacker » (seuils de 75 % et 50 %)
- impots.gouv.fr, notice de la déclaration n° 2041-E, édition 2024
- BOFiP, BOI-IR-BASE-20-50-10, cotisations d'épargne retraite déductibles, version du 10 août 2026
- BOFiP, tableau de synthèse du régime d'imposition des PER, août 2026
- AFG, contribution à la consultation BOFiP Épargne retraite, 17 avril 2026
- impots.gouv.fr, non-résidents : CSG, CRDS et prélèvement de solidarité de 7,5 %
- Service-Public.fr, Plan d'épargne retraite (PER), fiche F34982
- Direction générale du Trésor, « Le PER franchit le cap des 150 milliards d'euros d'encours », 5 juin 2026
Article publié le 26 octobre 2026. Analyse de l'équipe InfoPER à partir des textes en vigueur (CGI, code monétaire et financier) et de la doctrine publiée au 26 octobre 2026. L'administration n'a pas commenté le régime des non-résidents titulaires d'un PER : l'application de l'option de non-déduction aux expatriés et l'imposition d'une sortie en capital depuis l'étranger relèvent de notre lecture et de votre convention fiscale. Cet article a une vocation informative et ne constitue pas un conseil fiscal personnalisé.